Société d'Etudes et de Recherche en Santé Publique

La gratuité des soins est rentable : la preuve par un projet pilote au Burkina Faso

Au moins deux idées reçues parasitent le débat sur la gratuité des soins dans les pays pauvres. La première veut que l’accès aux soins, même subventionné, ne doive pas exclure une participation des patients. Une autre que l’exemption de paiement des soins soit un gouffre financier. Un projet pilote au Burkina Faso bat ces deux idées en brèche.

En 1987, les ministres africains de la Santé adoptaient l’Initiative de Bamako, une stratégie destinée à renforcer les soins de santé primaires. Sa mise en œuvre aura d’année en année été entravée par la pauvreté, le manque d’accès aux soins de santé, les catastrophes naturelles et celles provoquées par l’homme1. Au Burkina Faso, diverses études ont mis en évidence le caractère massif de la pauvreté qui touche la majorité de la population burkinabè.

Afin d’améliorer l’accessibilité physique et financière des femmes enceintes et des enfants de moins de 5 ans aux services de santé, l’ONG Terre des Hommes (TDH) et le ministère de la Santé, avec le soutien financier de l’Union européenne, ont mis en œuvre un programme pilote de gratuité accompagné d’un renforcement de la qualité des soins et la maîtrise des coûts. Cet article décrit les leçons apprises lors de la mise en œuvre et l’impact de cette approche sur l’utilisation des services de santé, la qualité des soins et les coûts des services.

Ce qu’est l’exemption de paiement de soins

Dans le cadre de ce projet, l’exemption de paiement des soins consistait à fournir les prestations de soins à la population cible que sont les enfants de 0 à 5 ans et les femmes enceintes sans contribution financière de leur part. Une structure tierce, non commerciale et indépendante (en l’espèce TDH) se substitue en tiers payant pour la prise en charge de ces prestations. L’exemption couvre les prestations curatives offertes par le personnel de santé aux enfants et aux femmes enceintes dans toutes les structures sanitaires publiques des districts sanitaires de Tougan et de Séguénéga.

Les principes de base du dispositif mis en place ont été les suivants : séparation des rôles entre tiers payant et prestataire (le centre de santé) ; strict respect de l’autonomie de gestion du centre de santé qui gère son budget, détermine seul ses commandes en médicaments et facture ses prestations (« principes de Bamako ») ; indépendance du tiers payant qui défend les intérêts des patients et peut refuser de rembourser des prestations douteuses ; mise en place d’un système de contrôle strict et bipartite impliquant le prestataire et le tiers payant.

Un gros effort de suivi et de contrôle a été investi. Le système de suivi consiste à accompagner une fois par mois les acteurs de santé dans la bonne tenue et le bon remplissage des outils de gestion, le contrôle minutieux de toutes les ordonnances produites et le recueil des données de santé et des recettes. Les données sont collectées à partir des rapports mensuels transmis par les formations sanitaires au district. L’analyse des données prend en compte l’étude des données brutes sanitaires et financières et leur confrontation entre elles. L’un des facteurs essentiels pour garantir le succès de la mise en œuvre de l’exemption de paiement a été la mise en place d’un système de contrôle performant.

lire la suite sur http://humanitaire.revues.org/1254


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